Opinion: “Cash for Car” quel gâchis ! Pourquoi travailler en deux temps ?

02/03/2018

Vision de Modalizy à propos de projet de loi Cash for car.

Le projet de loi concernant l’instauration d’une allocation de mobilité en remplacement d’une voiture de société (cash for car) vient d’être approuvé majorité contre opposition.  La loi ne tardera plus à être publiée au Moniteur belge, avec une application rétroactive au 1er janvier 2018.

Plus d’un an de tergiversations politiques pour en revenir à l’idée de départ, c’est un résultat tellement décevant et déconcertant qu’il prêterait à sourire s’il ne trahissait l’absence totale de vision et de pragmatisme du gouvernement fédéral en matière de mobilité.

Officiellement, l’alternative au « cash for car », soit la recommandation du Groupe des Dix, préconisant de substituer à la voiture de société un budget de mobilité que le travailleur utiliserait à sa guise pour se déplacer (voiture plus petite, transports publics et/ou modes de déplacement doux) n’est pas enterrée, mais « remise à plus tard ». Il est incompréhensible que le gouvernement ait sacrifié la proposition unanime - et saluée par tous ! - des interlocuteurs sociaux sur l’autel des concessions politiques, des compromis, des marchandages.

Ces atermoiements au sommet de l’État auront des conséquences environnementales, mais aussi économiques et financières.

D’une part, le principe du cash for car n’est pas équitable pour tous : selon les évaluations du Bureau du Plan, celles et ceux qui parcourent un grand nombre de kilomètres avec leur voiture de société perdront des plumes en acceptant une rémunération nette complémentaire en lieu et place de leur véhicule actuel. Le Conseil d’État, de son côté, a confirmé le fait que cette mesure discriminait certains travailleurs par rapport à d’autres.

D’autre part, et c’est là le plus grave, il est acquis que bien peu d’entreprises envisageront de revoir leur plan de mobilité tant que le budget de mobilité ne se dégagera pas au sein du gouvernement.    
En tant que chef d’entreprise, j’ai la conviction profonde que seul un cadre légal définitif peut faire basculer rapidement les comportements en matière de mobilité.

Le gouvernement recule-t-il pour mieux sauter ? Il est permis d’en douter. Est-il possible d’encore tergiverser face aux enjeux du réchauffement climatique ? Non, évidemment.  Une étude récente du bureau d’études Traject estime que seule l’adoption d’un budget de mobilité proposant un large éventail de moyens de transport et intégré dans un plan de déplacements d’entreprise, permettrait de réduire de 15% les déplacements en voiture.

L’adoption au sein de notre entreprise OCTA+ de la solution de mobilité Modalizy, développée par une start-up du groupe, conforte ces estimations. Nous constatons, en effet, que de plus en plus d’employés changent progressivement leurs habitudes pour privilégier des moyens et services de transport alternatifs à la voiture : trains, trams, bus, voitures partagées, vélos, etc.

Seuls nos représentants politiques ne semblent pas avoir mesuré et compris l’urgence de ce changement. Dans le même temps, le nombre de voitures de société ne cesse d’augmenter : selon les derniers chiffres de la Fédération belge de l’automobile (Febiac), 292 734 nouvelles voitures de société ont été enregistrées en 2017, soit une hausse de 3,2% par rapport à 2016. Et ce, dans un pays où les embouteillages coûtent à l’État entre 1% et 2% du PIB, d’après l’OCDE.

En privilégiant aujourd’hui une solution temporaire, imparfaite, et donc inutile, le gouvernement fédéral coupe les ailes à une série d’initiatives durables. Il rate l’occasion de poser immédiatement un geste fort sur le plan environnemental, sachant que le transport est un secteur clé pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le Climat. Il handicape également les entités fédérées qui, à l’image de la Région de Bruxelles-Capitale, ont choisi d’aller de l’avant sur la question du budget de mobilité. Mais quand donc le bon sens l’emportera-t-il ?

Etienne Rigo

CEO de Modalizy